Awase

La tradition de l’awase chez les uchi-deshi.

 

La vie en uchi-deshi est quelque chose d’assez différent de ce que les occidentaux connaissent habituellement pour l’apprentissage des arts martiaux, en tout cas pour les débutants. Classiquement, les apprenants, chez nous, vont 1 à 3 fois par semaine suivre des cours le soir. La vie en uchi-deshi, elle, consiste à vivre au dojo d’un maître d’arts martiaux 24h/24h. Ce genre de vie pouvant durer sur plusieurs années parfois presque 10 ans.

Le principe est que l’élève va ainsi pouvoir s’entraîner tous les jours, plusieurs fois par jour même, sous la houlette du maître ou des ces assistants les plus proches. D’un autre côté, l’uchi-deshi doit assumer différentes tâches dans le dojo (nettoyage, entretien, réparation,…), dans la maison ou la propriété au sens large. Par exemple, à Iwama, O Senseï Ueshiba faisait cultiver ses élèves… Les uchi-deshi devaient aussi gérer la vie en commun : préparer les repas, faire les courses, etc…

Cet échange de « cours martiaux » contre « services rendus au dojo » fait que cette tradition n’a rien à voir non plus avec lez nombreux stages martiaux que l’on peut faire actuellement pendant les vacances. Cette tradition nous vient du passé asiatique, en particulier du Japon, des ïles Ryu-Kyu. Il faut la remettre dans le contexte de la formation à un métier à une époque où tout le monde n’allait pas forcément à l’école… Elle est, en quelque sorte, comparable au système de compagnonnage qui existait en Europe pour la formation au métier (penser aux « compagnons du tour de France »), ainsi qu’au système des apprentis qui avait court au moyen-âge.

S’il y une coutume qui peut être surprenante, pour nous occidentaux, à propos de la vie des uchi-deshi, c’est la façon dont ils s’occupent du maître, aussi bien au dojo que lorsqu’ils l’accompagnent en voyage….

Les uchi-deshi font un travail particulier : il semble attentif aux moindres faits et gestes du sensei afin de le servir. Il va à peine sortir du tatami que ces zoris sont déjà là. Il mange à table avec ces élèves. Il tend sa main vers son verre vide, il n’a pas le temps de demander qu’on le lui remplisse que c’est déjà fait, et j’en passe...

Cette attitude apparemment très servile est assez loin des mentalités occidentales et modernes. Mais j’aimerais vous faire comprendre que c’est là un point de vue bien trop simple par un exemple :

Les uchi-deshi de O Senseï Ueshiba devaient toujours le soutenir dans le bas du dos pour monter les marches des escaliers, comme une personne âgée impotente alors que la minute d’après, il donnait cours, tout guilleret. Un de ses uchi-deshi, Saito Morihiro si ma mémoire ne me fait pas défaut, a même un jour fait l’expérience d’enlever subrepticement sa main sur laquelle pesait fortement le corps de son maître, et a découvert contre toute attente qu’O Sensei n’avait pas basculé en arrière. Ce qui amène à réfléchir sur la posture de corps que doit avoir un maître que l’on soutien et semble peser sur la main (travail du hara) mais aussi sur la façon de se positionner soi pour soutenir quelqu’un sans se fatiguer trop (ki). Cela va donc bien au-delà de simplement « échanger les cours martiaux contre des services pratiques ». Il semble y avoir quelque chose de plus.

 

A un premier niveau, le fait de soutenir le vieux maître, de porter ses armes, ou son sac, de plier son hakama, vous oblige à faire des efforts physiques, donc à vous entretenir. Dans un second niveau, cela est l’occasion d’apprendre à être économe dans votre usage de votre force, à trouver en vous la meilleure façon de réaliser un geste pour le moindre effort… Ce que certains appellent le «ki ».

Mais, à mon sens, un des buts profonds, c’est d’entraîner l’élève à être « connecté » avec une autre personne, physiquement et mentalement. C'est-à-dire à être tellement attentif à l’autre que l’on finit par « deviner » ce que le senseï va faire, à anticiper le moindre geste. Or, ceux qui ont déjà combattu, savent que cette compétence : savoir anticiper la volonté de quelqu’un est une compétence d’une grande utilité en combat.  Pour arriver à faire, cela il va falloir

  Interpréter le comportement non verbal,

  Anticiper le moindre geste,

  Rester en vision périphérique

  Faire son propre « ouvrage » tout en restant ouvert à ce qui nous entoure

  …

A force de le faire au quotidien, vous développez une sorte de 6ème sens martial… une façon de vous harmoniser avec une autre personne. J’ignore comment les japonais appellent cette attitude au quotidien, mais dans le cas de la pratique martiale « aïki » le concept s’appelle « awase »…. D’où le titre de cet article…

Dans un niveau encore plus profond, ouvrir son esprit au quotidien sur les envies et les besoins d’une personne développe l’empathie, élément qui concoure chez l’élève à développer des qualités sociales indéniables, des qualités essentielles à ceux qui suivent un « do ».

Alors la prochaine fois que vous serez uchi-deshi, pensez-y. Il ne s’agit pas d’être servile, mais de développer certaines qualités…

 

 

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